Mehdi Meklat ou la schizophrénie idéologique de la gauche terra-novienne

Depuis quelques semaines, une partie des politiques et des médias prennent la parole au sujet de l’affaire Mehdi Meklat, pour condamner avec virulence, pour tenter d’expliquer ou pour quasiment dédouaner. Au-delà des propos haineux du concerné, l’affaire est surtout symptomatique d’une certaine gauche qui a renoncé à toutes ses soi-disant valeurs.

Les affaires Mehdi Meklat et Oulaya Amamra tendent à nous révéler le comportement schizophrène et pathologique d’une certaine gauche qui devra faire un choix cornélien à terme. Cette gauche ne pourra pas avoir le beurre, l’argent du beurre, et toute la famille du crémier réunie, vivant sous des cieux éclairés, dans un respect réciproque. Pour comprendre ce raisonnement, il est nécessaire de déterminer de quelle gauche on parle et quel choix idéologique elle va devoir faire sous peine de détruire les dernières ruines qui la constituent.

Il faut être prudent avec le terme de gauche quand on évoque ce concept d’islamo-gauchisme cher aux milieux d’extrême-droite mais également repris à juste titre par une gauche républicaine et laïque. Cette gauche qui a laissé proliférer la plante vénéneuse qu’est Mehdi Meklat est ce qu’on nommerait la gauche terra-novienne apôtre de la déconstruction, du déracinement, du lissage des identités nationales et locales (en France), de l’apologie des identités nationales et locales (chez tous les autres peuples de la planète). Celle qui a effectué un déplacement de curseur idéologique, pour remplacer la lutte des classes et le marxisme, pour « la lutte des communautés », tout en gardant le schéma opprimant-opprimé. Son crédo : relativisme culturel, société patchwork, morcelée, communautarisée au détriment de la défunte vision universaliste qui régentait autrefois la vie politique française. Quant à la cause ouvrière, c’est le cadet de ses soucis depuis longtemps. N’évoquons même pas le sort des paysans, puisque ces derniers votent traditionnellement à droite, c’est un électorat qui ne l’intéresse pas.

meklat 1Une hétérogénéité des gauches sur le sujet

C’est de cette gauche terra-novienne dont on parle ici, celle qui chaque jour jardine patiemment et rajoute du terreau à ces Mehdi Meklat, souvent en toute conscience, plus rarement sans s’en rendre compte. On ne saurait en effet accuser Jean-Luc Mélenchon d’indulgence envers le communautarisme. De même, Lutte ouvrière a récemment publié un admirable article (1) dénonçant l’utilisation dangereuse du concept d’islamophobie pour mieux écraser nos valeurs les plus chères, en oubliant sciemment le combat ouvrier. Ce procès fait à la gauche terra-novienne ne saurait davantage être fait aux républicains de gauche, aux vrais laïcs, comme ceux du Printemps républicain, qui ont décidé d’avoir les yeux grand ouverts, quitte à se faire clouer au pilori par la presse qui va avec cette fausse gauche. On citera à titre d’exemple, et on reconnaîtra leur courage exemplaire de lutter contre la haine et le racisme d’où qu’ils viennent, Caroline Fourest, Elisabeth Badinter, Céline Pina, Michel Onfray, Jacques Julliard, Pascal Bruckner, Laurent Bouvet, Georges Bensoussan, tous voués aux gémonies. Nous ne parlons pas non plus des souverainistes de gauche comme le MRC et le club de Jean-Pierre Chevènement, Res Publica, qui s’opposent à une société communautarisée.

Des accommodements raisonnables à l’acceptation de la haine

Cette gauche bourgeoise et totalement méprisante envers ce que Christophe Guilluy appelle « la France périphérique », est précisément celle qui a permis à Mehdi Meklat d’avoir une carrière florissante et celle qui rechigne à le condamner. Une gauche sociétale qui a ses tribunes avec Les Inrocks, Libération ou Médiapart.

Le choix que cette gauche aurait déjà dû faire depuis longtemps et qu’elle sera forcée de faire un jour pour éviter de disparaître est simple : elle devra trancher entre les  musulmans extrémistes et identitaires et les autres causes (LGBTQ, femmes, minorité juive). Entendons-nous sur les termes extrémiste et identitaire. On peut tout à fait avoir des valeurs aux antipodes des valeurs françaises sans être terroriste ou djihadiste, autrement dit sans avoir recours à la violence physique. Le cœur du problème est là, et la responsabilité de cette gauche-là est triple : d’un côté, elle a sans cesse alimenté le schéma opprimé-opprimant en mettant ce qu’elle nomme avec une novlangue remarquable les « populations issues de la diversité », pour ne pas dire d’origine maghrébine (ce qui n’est pas un gros mot pourtant) dans la catégorie des opprimés et à peu près tout le reste dans la catégorie des oppresseurs. Cette dichotomie manichéenne porte en elle les germes de l’extrémisme en victimisant perpétuellement une frange de la population sans envisager qu’elle puisse être aussi coupable voire bourreau.

La deuxième faute de cette gauche intervient, non plus en amont, mais en aval, c’est-à-dire après coup, après que les horreurs ont été débitées. Cette gauche politique et sa presse, si promptes à user d’expressions galvaudées telles que « heures les plus sombres de notre histoire », « danger pour la démocratie », « propos nauséabonds » pour les catholiques de la Manif pour tous (en omettant sciemment le fait que des musulmans y ont participé également) restent soit mutiques soit très nuancés quand il s’agit de condamner avec virulence l’homophobie, l’antisémitisme et la misogynie d’une partie de ces « populations issues de la diversité ». Nul besoin ici de s’étendre sur la cause de cette géométrie variable. Pour la gauche terra-novienne, ce serait reconnaître ses échecs, celui de son relativisme culturel béat et sans nuances et celui de ces enfants qu’elle a voulu idéologiquement modeler, selon une politique fondée sur l’esprit de revanche et d’oppression constante, ces enfants nourris d’antiracisme qui deviennent eux-mêmes racistes. La gauche terra-novienne refuse de remettre son schéma traditionnel en question. Contrairement à la gauche républicaine et laïque, elle ne pourfend que ceux qui pourraient s’apparenter à des « identitaires blancs ». Elle refuse par exemple de condamner le racisme sidérant et l’homophobie immonde du Parti des Indigènes de la République ou les camps de décolonisation interdits aux Blancs. En « excusant » un Mehdi Meklat ou une Oulaya Amamra, elle afflige un coup de poignard assumé à la cause LGBTQ et aux associations féministes et juives. Cette gauche pratique une politique de l’autruche qui consiste à ne voir le rigorisme et les idées haineuses que venant de la part des catholiques extrémistes.

mehdimeklatUn aveuglement coupable et conscient

C’est cet aveuglement qui conduit la gauche terra-novienne et la presse de même mouvance idéologique à refuser de revoir son jugement. Sur l’homophobie, le racisme, la misogynie, on atteint des sommets d’auto-aveuglement. En outre, cette gauche est restée bloquée sur l’antisémitisme historique de l’extrême-droite. Notons au passage qu’il perdure – là n’est pas la question – et reste le terreau de bons nombres de militants ou sympathisants de l’extrême-droite, même si Marine Le Pen tente de capter stratégiquement l’électorat juif (2). Toutefois, ceux qui aujourd’hui massacrent les clients juifs dans un supermarché ou qui mettent des balles dans la tête d’enfants juifs, ceux qui agressent et injurient des femmes dans les banlieues, aussi appelées « cités sensibles » ne sont pas des identitaires blancs. C’est cet antisémitisme musulman que la gauche terra-novienne ne veut pas voir. Le Point a récemment titré « Mehdi Meklat, icône des banlieues ou antisémite haineux ? » Mais les deux ! Il n’y a pas d’incompatibilité. Presque personne ne nie la prégnance de l’antisémitisme, de l’homophobie et du sexisme dans les banlieues. La gauche terra-novienne semble pourtant tourner la tête face à ces rigoristes d’un autre temps. Elle traque ces derniers absolument partout en France mais les nie chez un Mehdi Meklat, tout comme elle nie l’existence des « territoires perdus de la République ».

Dernière faute de cette gauche : son inertie. Alors que les chefs d’accusation sont nombreux contre Mehdi Meklat, on ne relèven à l’époque de la publication des tweets de Meklat, aucune plainte d’associations anti-racistes pour insultes homophobes, incitation à la haine raciale, au meurtre, antisémitisme, apologie du terrorisme. On notera également l’absence de plaintes de la part des associations féministes. Comment peut-on porter plainte pour une publicité sur la saucisse de Morteau où une femme déclame : « Mes rivières sont généreuses, mes courbes engageantes. Viens chez moi, je suis le Jura », et ne pas bondir face aux propos immondes de Mehdi Meklat ?  Il y a de quoi devenir chèvre. La peur d’être traité d’islamophobe n’a pas à obérer la lutte pour le droit des femmes, la lutte pour les minorités sexuelles et la lutte contre l’antisémitisme et pourtant, c’est ce qui se produit. Ce silence coupable, cette honte à l’idée de s’élever contre la barbarie d’où qu’elle vienne revient à céder, jour après jour, des parcelles de liberté à des individus malfaisants. Cet ersatz de gauche est coupable sur bien des points. On peut enfin ajouter qu’elle crée un amalgame inversé, extrêmement dangereux pour la démocratie. L’amalgame traditionnellement dénoncé est celui qui consiste à assimiler musulman modéré à musulman radicalisé. L’amalgame inversé de la gauche terra-novienne consiste à assimiler – en ne les dénonçant pas, au nom de la lutte anti-raciste – les musulmans haineux et identitaire à la majorité des musulmans modérés et éclairés, autrement dit à nier ce qui les distingue. C’est ce nouvel amalgame inversé qui permet à des Mehdi Meklat de parader comme des paons et de vomir leur détestation de l’Autre. C’est aussi cette indulgence qui permet à l’Islam radical de proliférer dans tous les pans de la société : syndicats, services publics, aéroports, hôpitaux, clubs de foot amateurs, écoles, prisons (3), etc.


Notes
(1) « Le piège de la ‘lutte contre l’islamophobie’ », Lutte de Classe, n°181, février 2017.
(2) Charlotte Boitiaux, « La communauté juive, nouvelle cible électorale du Front National », France24.com, 14 décembre 2011.
(3) Lire sur ces thèmes : « Air France : quand les islamistes noyautent les syndicats » ; « Face à l’Islam radical, des entreprises désarmées », marianne.net, 7 janvier 2016 ; Lydia Guirous, « Agression à l’hôpital : il faut dire clairement que l’Islam radical gagne du terrain », FigaroVox, 21 août 2015 ; « Des clubs de foot amateurs surveillés pour prosélytisme et radicalisation », lexpress.fr, 15 octobre 2015 ; M.G./AFP, « Minute de silence : 200 incidents dans les écoles, 40 signalées à la police », bfmtv.com, 14 janvier 2015 ; « Attentats en France : le problème de la radicalisation en prison à nouveau soulevé », rtl.fr, 10 janvier 2015.

Auteur : Ella Micheletti

Journaliste indépendante. Ex-EPJ de Tours. M2 droit public. Fondatrice de Voix de l’Hexagone. Beaucoup de politique (française et étrangère). Animaux passionnément. Littérature à la folie.

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