Quand apparaît le drapeau tricolore pour la première fois ? Que symbolisent ses couleurs ? Par qui, et pourquoi fut-il célébré ou contesté ? Spécialiste de l’histoire républicaine française, le journaliste Philippe Foussier, par ailleurs auteur occasionnel de Voix de l’Hexagone, vient de publier un opuscule qui met à l’honneur l’un des symboles de notre nation.
La petite maison Dervy, qui compte parmi ses auteurs Michel Pastoureau ou Alain Bauer et réédite René Guénon, enrichit sa sympathique collection « Les Symboles de notre Histoire » avec le dernier ouvrage de Philippe Foussier, Le Drapeau tricolore, paru en février. Bien sûr, nous croyons tout savoir de lui. L’origine de ses couleurs : celles de la ville de Paris entourant celle de la royauté. Le contexte de son apparition : au plus fort de la Révolution de 1789. Son destin aussi : l’image du rassemblement d’une nation qui allait affronter deux guerres mondiales meurtrières du siècle dernier. Les petites histoires étant également constitutives de la grande Histoire, les anecdotes qu’apporte cet ouvrage bref mais riche rendent l’épopée du célèbre étendard plus fascinante encore.

Passionné et passionnant, Philippe Foussier dose savamment la part des faits essentiels et celle des détails chargés en signification, sous la contrainte d’un format court. Avant de prendre la forme d’un drapeau, les trois couleurs bleu, blanc et rouge sont affichées ensemble à Paris entre le 14 et le 17 juillet 1789 (les historiens divergent). Toujours est-il que le 17 juillet, elles sont portées en cocarde sur le costume de Louis XVI au balcon de l’hôtel de ville, en un symbole d’unité et, les jours suivants, fleurissent dans d’autres villes de France, jusqu’à sa région méridionale. Mais elles sont arborées sans ordre défini et un doute demeure sur leur origine, la thèse communément admise (le bleu et rouge de Paris, le blanc de la monarchie) restant discutée. L’auteur rappelle que l’historien Michel Pastoureau y voit plutôt l’effet de la mode vestimentaire de l’époque venue de la Révolution américaine, qui mettait à l’honneur ces trois mêmes couleurs. Mais parmi ce trio, le bleu est certainement le plus significatif, déjà couleur d’identification de la France hors de ses frontières bien avant 1789.
L’association du bleu, du rouge et du blanc à la nation est officialisée par un décret de l’Assemblée constituante du 20 mars 1790, lequel impose aux officiers municipaux de les porter en écharpe. En octobre de la même année, un autre décret impose aux navires français de hisser le pavillon tricolore aux bandes verticales, afin d’éviter toute confusion avec le drapeau néerlandais. Après la chute de la monarchie, l’emblème de la France devenue républicaine s’établit selon les caractéristiques que nous connaissons encore : trois bandes d’égale dimension, verticales, le bleu côté hampe et le rouge flottant au vent (décret du 27 pluviôse An II).
De la contestation à l’union
Le tumultueux XIXe siècle verra le drapeau devenir un enjeu politique à part entière. Tandis qu’à gauche, le rouge rallie les partisans d’une rupture historique plus radicale (canuts lyonnais, puis communards…), à droite les partisans de la restauration monarchique avancent derrière le blanc. À la chute de l’Empire (1814-1815), le retour sur le trône des Bourbons vaut mise au placard des trois couleurs, quand elles ne sont pas purement et simplement brûlées…. Fièrement brandi par la femme révolutionnaire du célèbre tableau d’Eugène Delacroix La Liberté guidant le peuple (d’ailleurs analysé en annexe de l’ouvrage), l’étendard tricolore fait son grand retour à l’occasion des Trois Glorieuses, qui portent au pouvoir le « roi-citoyen » Louis-Philippe en 1830. Dans un esprit de conciliation des héritages, la Monarchie de Juillet en fait donc à nouveau l’emblème national : « À l’avenir, il ne sera plus porté d’autre cocarde que la cocarde tricolore », proclame l’article 27 de sa Charte constitutionnelle. Ni une nouvelle révolution, celle de 1848, ni une ultime tentative de restauration monarchique, en 1871, ne parviendront à imposer qui le rouge, qui le blanc uni. Désormais incontesté, le mariage du bleu, du blanc et du rouge scelle l’union de la nation dans toute sa diversité. « La France est le drapeau tricolore, c’est une même pensée, un même prestige, une même terreur, au besoin, pour nos ennemis », avance, lumineux, Alphonse de Lamartine.
« Parmi ce trio, le bleu est certainement le plus significatif, déjà couleur d’identification de la France hors de ses frontières bien avant 1789. »
Fort à propos, Philippe Foussier s’attarde sur un aspect plus méconnu du pavoisement. En sa partie blanche, centrale, la bannière tricolore a connu des variantes, reflets de luttes politiques ou simple usage républicain. Sous l’Occupation, la francisque, symbole du régime de Vichy, orne le drapeau de l’État français, quand la résistance gaulliste lui oppose un tout autre signe de ralliement en référence au sacrifice de Jeanne d’Arc : la croix de Lorraine. Après 1945, le président de la République française jouit du privilège de pouvoir apposer sur le drapeau sa propre « marque » personnelle, telles ses initiales (Vincent Auriol, René Coty, Alain Poher). La tradition est toutefois tombée en désuétude après la présidence Mitterrand, qui avait mis à l’honneur l’image d’un chêne mêlé à un olivier. Énième rebondissement enfin de la longue aventure du drapeau français, son bleu foncé initial, délaissé pour quelques décennies à l’initiative de Valéry Giscard d’Estaing pour lui substituer le bleu plus clair du drapeau européen, a retrouvé sa teinte originelle en 2020.
Au-delà de ce qu’il représente pour l’Hexagone, le drapeau français est aussi devenu une référence universelle. Philippe Foussier ne manque pas de souligner que sa structure (tricolore à trois bandes verticales égales) a directement inspiré de nombreuses nations à travers le monde. Mais il possède surtout une force politique et une esthétique qui devaient inspirer de nombreux artistes. Les dernières pages du livre, qui reproduisent et expliquent une dizaine de grandes œuvres marquées par la présence du drapeau tricolore, rendent compte à merveille de la place qu’il a acquis dans l’Histoire politique et culturelle française… et bien au-delà.
Référence : Philippe Foussier, Le Drapeau tricolore, Paris, Dervy, coll. « Les Symboles de notre Histoire », 2026, 48 pages. Prix éditeur : 12,90 €.





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