Élections régionales (2e tour) : cette digue qui fait tenir PS et LR

En regardant la carte des nouvelles régions, colorées seulement de bleu et de rose au soir de ce second tour des élections régionales, l’idée de continuité prédomine. Les électeurs, nettement plus mobilisés qu’au premier tour, ont tranché en faveur des partis traditionnels. Le « front républicain » voulu par le Parti socialiste a fonctionné au-delà des espérances. Le Front national se heurte une fois encore au fameux « plafond de verre ».

Les défaites de Marine Le Pen en région Nord-Pas-de-Calais-Picardie et de Marion Maréchal-Le Pen en PACA surprennent d’abord par leur ampleur. Le Front national, y compris dans ses bastions, n’est pas en mesure de remporter une élection hors hypothèse de triangulaire. Il n’apparaît pas pertinent de parler de « défaite » de l’extrême-droite pour autant puisque ses scores électoraux enregistrent une progression constante depuis 2011. La mobilisation du second tour (près de 10 points sur l’ensemble du territoire métropolitain) a servi les candidats socialistes et républicains, confirmant une règle politique désormais classique (1). Si la porte du pouvoir demeure fermée pour le FN, bien des verrous ont déjà sauté.

Le « front républicain », une digue sur l’océan du vide

Avec la perte de l’Île-de-France, à l’issue d’une campagne d’entre-deux-tours consternante de Claude Bartolone, le Parti socialiste ne peut savourer totalement un second tour clément pour ses forces. Favorisée par le jeu des triangulaires et malgré la nette droitisation de l’électorat français, la gauche fait plus que sauver les meubles (victoires en Bretagne, Aquitaine-Poitou-Charentes, Bourgogne-Franche-Comté, Languedoc-Roussillon et Centre-Val-de-Loire). Manuel Valls, qui avait bien avant le premier tour appelé à une forme de « front républicain » pouvant aller jusqu’à la fusion de listes, a gagné son pari. Moralement, il est celui qui a fait barrage au Front national.

Les Français seront-ils dupes, pour autant, de la manœuvre ? Au fil des élections, le vote « pour le moins détesté » des candidats devient la règle. L’effet repoussoir du FN, alimenté à grand renfort de campagnes politico-médiatiques ces jours derniers, a eu raison de la répulsion naturelle que l’on devine chez un électeur de gauche à voter Xavier Bertrand et surtout Christian Estrosi. La fameuse digue repose désormais sur des fondements artificiels, pour ne pas dire spécieux : les fameuses « valeurs de la République », valeurs que Manuel Valls et les socialistes se sont bien gardés de définir. Comme l’a fait remarquer l’essayiste Paul-François Paoli ce week-end (2), les idées républicaines sont instrumentalisées au gré des évènements et en fonction des personnalités qui les portent. Nauséabonde proposée par l’extrême-droite, la déchéance de nationalité est ainsi devenue républicaine avec le gouvernement socialiste. Avec le virage sécuritaire post-attentats du gouvernement, le risque encourue est d’apporter une caution involontaire au FN et son programme jugé jusque-là « dangereux ».

Le sort des Républicains suspendu au profil de leur leader

Nicolas Sarkozy se targuera de triomphes dans deux régions clefs : Rhône-Alpes-Auvergne avec Laurent Wauquiez et l’Île-de-France avec Valérie Pécresse. Dans l’escarcelle des Républicains et de leurs alliés, tombent bien sûr le Nord et PACA, ainsi que le grand Est, les Pays-de-la-Loire et la Normandie. Au final, une majorité de région virent à droite. La « victoire » des régionales pourrait être une victoire à la Pyrrhus. En échouant à provoquer le raz-de-marée que l’essoufflement de la majorité au pouvoir favorisait, en peinant clairement dans le scenario de triangulaire et en se révélant impuissant face à la hausse du FN, le parti dirigé par l’ancien Président de la République est en crise. Si l’aveuglement d’un second tour favorable (en apparences !) lors de ces régionales l’emporte sur l’analyse de fond, 2017 est très mal engagée pour la droite.

L’anticipation envisagée des primaires pour le printemps 2016 pourrait jouer en faveur de Nicolas Sarkozy. S’il est toujours le candidat naturel et légitime à la présidentielle pour une partie des militants, il souffre toujours d’un déficit de popularité inquiétant et probablement irrémédiable auprès de l’électorat. Son retour n’a suscité chez les Français ni espoir, ni envie. Nul programme, nulle vision nouvelle ne ressortent de ces quelques mois d’offensive caricaturale contre la gauche. Les prochaines semaines seront déterminantes : la construction d’une force d’alternance crédible ou bien la victoire offerte sur un plateau à François Hollande.


Notes :
(1) Cette « loi » de la science politique avait été remise en doute depuis un sondage réalisé en 2014 par l’IFOP, lequel tendait à montrer que les électeurs qui prévoyaient de s’abstenir aux élections européennes auraient tendance, s’ils s’exprimaient, à voter majoritairement pour le FN (source : ). Ces résultats, circonscrits au contexte des élections européennes, devaient de toute façon être relativisée.
(2) Entretien Figarovox réalisé par Alexandre DEVECCHIO, « Jean-Paul PaoIi : ‘‘L’appel aux valeurs républicaines, ce bouche-trou de la pensée’’ », 11 décembre 2015,

Auteur : Pierre-Henri Paulet

Chercheur associé en droit public à l’Université d’Auvergne.

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