Un remaniement qui fait «pschiiiiiiit»

Annoncé cet après-midi peu après 16h30, ce qui devrait être l’ultime remaniement du quinquennat Hollande tombe au beau milieu d’un interminable débat sur la déchéance de nationalité. François Hollande était à la recherche d’un nouveau souffle capable de le porter jusqu’à l’élection présidentielle de 2017. Faute de changement de ligne, faute de surprise majeure dans l’équipe retenue, d’un coup de poker le remaniement est devenu coup dans l’eau.

La semaine venait de débuter sur un non-événement : la nomination de Laurent Fabius à la tête du Conseil constitutionnel par le chef de l’État. Le choix présidentiel avait fuité précocement, les rumeurs convergentes étaient devenues des informations. Le départ du locataire du Quai d’Orsay laissait un ministère régalien vacant et François Hollande y vit l’occasion de mettre sur pied une équipe de combat en vue des échéances électorales de 2017. Chaque jour a charrié son lot de supputations, d’associations de noms propres et de portefeuilles ministériels. Le résultat final démontre un peu plus encore l’anémie du pouvoir exécutif.

Quand Hollande attendait Godot

La démission de Christiane Taubira le 27 janvier dernier a privé le Gouvernement Valls de sa dernière grande figure de la « gauche morale ». Son départ sur fond de désaccord profond au sujet de l’extension de la déchéance de nationalité fut un coup dur pour François Hollande, dont la base électorale fond comme neige au soleil. Le remaniement aurait été l’occasion de rappeler à ses bons souvenirs ceux qui crurent dans son trop fameux discours du Bourget (janvier 2012).

Quelles solutions s’offraient alors ? L’entrée dans l’équipe de Martine Aubry ? L’intéressée a démenti vouloir redevenir ministre et François Lamy, l’un de ses proches, nie même qu’elle ait été contactée par le Président ! (1) Confier – et cela aurait fait sens – un grand ministère de l’Environnement à Nicolas Hulot, parrain de la Cop 21 ? Celui-ci s’est contenté d’un Twitt pour exprimer son refus. Se défaire du trop libéral Emmanuel Macron, qui susciterait l’agacement et la jalousie quotidienne de Manuel Valls ? (2) Hors de question d’écarter cette figure du renouvellement politique, qui plus est appréciée des Français… Avant le vote solennel du projet de révision constitutionnelle à l’Assemblée nationale, le tout Paris bruissait d’une possible éviction de Manuel Valls lui-même ! Ce dernier demeure finalement le capitaine du navire pour mener la révision jusqu’au Congrès de Versailles. Sortir Bertrand Delanoë de sa retraite politique pour lui confier, enfin, la responsabilité d’une administration ? Point de Delanoë dans la liste finalement communiquée par l’Élysée sur son compte Twitter (3).

François Hollande avait espéré redonner de la vigueur à son action pour réformer ce qui peut encore l’être en quatorze mois et pour tenter une impossible synthèse allant des écologistes tendance EELV au centre droit, en passant par la gauche du PS, réfugiée dans la fronde. Il doit se contenter d’offrir une place de choix à son ancien premier ministre Jean-Marc Ayrault. De promouvoir la conseillère culturelle de l’Élysée Audrey Azoulay (qui prend la place de Fleur Pellerin à la Culture). De consoler Jean-Michel Baylet, éconduit par les électeurs du Tarn-et-Garonne lors des départementales de 2015. De récompenser la bienveillance intéressée d’un Jean-Vincent Placé et d’une Barbara Pompili. De faire émerger quelques jeunes visages grâce à des secrétaires d’États fantoches (Juliette Méadel, Erika Bareigts…) Enfin, de débaucher, au nez et à la barbe du parti Europe-Écologie, Emmanuelle Cosse, seule véritable « prise de guerre ». Cruel retour à la réalité, énième illustration des bricolages insignifiants à la tête de l’État.

Qu’attendre de l’équipe remaniée ?

Le remplacement de Laurent Fabius aurait pu n’être qu’une anecdote, sans impliquer de jeu de chaises musicales. Ainsi Jean-Jacques Urvoas avait-il promptement pris la succession de Christiane Taubira il y a quelques jours. François Hollande aurait dû s’en contenter. Ce ne sont ni Jean-Vincent Placé ni Jean-Michel Baylet, ni même le conciliant Jean-Marc Ayrault à la tête de la diplomatie française, qui lui permettront comme par enchantement de ressouder les fractures ouvertes au sein de la majorité parlementaire. D’autant plus que la navette parlementaire portant le texte de la révision constitutionnelle va se poursuivre, avec son lot de passions. En nommant Emmanuel Cosse au ministère du Logement, François Hollande poignarde les Verts plutôt qu’il ne les rallie à sa cause.

Il aurait fallu retrouver ardeur et inspiration sur les dossiers-clefs du moment : chômage (Myriam El Khomeri conserve son poste au ministère du Travail), lutte anti-terroriste (Bernard Cazeneuve est maintenu Place Beauvau), crise agricole (Stéphane Le Foll sauve également son fauteuil). François Hollande n’est pas suicidaire et a donc reconduit les ministres en charge des dossiers clefs. Il n’y a donc pas de changement majeur à attendre sur le plan de l’action politique : ce Gouvernement Valls (III) s’inscrira dans la continuité du précédent. Le manque de temps, l’impopularité de l’exécutif, la nature très politicienne des nouvelles nominations et le maintien de la ligne politique tenue depuis 2014 annihile tout espoir de bouleversement éclair. Survivre à 2016, telle sera la faible ambition du nouvel assemblage gouvernemental.


Notes :
(1) François Lamy invité dans l’émission télévisée « Zemmour & Naulleau », Paris Première, 10 janvier 2016.
(2) Alba VENTURA, « Valls a un problème de lumière avec Macron », RTL, 17 janvier 2016.
(3) Liste publiée sur le compte twitter de la Présidence de la République, @Elysee, 11 février 2016.

Auteur : Pierre-Henri Paulet

Chercheur associé en droit public à l’Université d’Auvergne.

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