Primaire à droite : Fillon sur sa lancée

François Fillon aura confirmé à l’issue du second tour de la Primaire de la droite et du centre la puissante dynamique en sa faveur. Avec près de deux tiers des voix (1), il s’offre une victoire écrasante sur Alain Juppé, initialement favori du scrutin interne et de l’élection présidentielle elle-même.

Le placide François Fillon n’intéressait personne avant le dimanche 20 novembre 2016. La surprise de son très haut score (44 % des suffrages) obtenu au premier tour de la Primaire de son camp en a fait le favori logique pour l’investiture LR. Du même coup, il est devenu la cible unique de la gauche… et d’une bonne partie de la presse. Au contraire d’Alain Juppé, François Fillon a choisi d’exposer un programme de réformes dures : baisse importante du nombre de fonctionnaires, déremboursements de soins médicaux, fin de la durée légale de travail… Désormais soutenu par le mouvement « Manif pour Tous », il a suscité des inquiétudes quant à ses orientations sur les questions sociétales (accès à l’IVG, adoption par les couples homosexuels surtout). En conséquence, Alain Juppé a été plébiscité par les rédactions parisiennes contre François Fillon, désigné représentant de la France réactionnaire. Mais une nouvelle fois, le parti-pris de l’élite médiatique n’aura eu aucun effet dissuasif sur un électorat affranchi des leçons de morale des éditorialistes. La fissure entre les électeurs et les médias, constatée depuis 2005 et le référendum sur le TCE, ne s’est jamais refermée. François Fillon, homme politique de profession, cinq ans ministre de Sarkozy, n’a pas le profil d’un antisystème. Il n’a d’ailleurs pas joué sur ce registre. Il pourrait cependant apparaître comme tel s’il devait affronter une campagne de presse aussi violente qu’elle a pu l’être dans cet entre-deux-tours.

Une stratégie droitière de circonstance ?

Estimé à 15 % environ des intentions de votes quelques jours avant le premier tour, François Fillon s’est résolument engagé dans une stratégie agressive. Son programme en l’état est indéniablement à droite, privilégiant la recherche de l’équilibre budgétaire au risque de creuser davantage les inégalités sociales. Il est étonnant que si peu d’analystes aient insisté sur le caractère très circonstanciel de ces propositions, destinées à séduire les électeurs de la droite, sans considération pour ceux du centre. L’erreur d’Alain Juppé – abstraction faite d’une personnalité naturellement cassante dont il eut du mal à se départir – fut de miser sur un électorat libéral-centriste et sur l’apport de voix venues de la gauche. Favori des sondages, le maire de Bordeaux s’est brûlé les ailes en choisissant trop tôt la posture du rassembleur. Il va sans dire que l’électorat de la primaire est non seulement très différent de l’électoral français participant à l’élection présidentielle (environ 4,5 millions de votants contre 37 millions par exemple lors de la présidentielle 2012). Il ne saurait surtout être comparé à la masse électorale qui se reportera in fine sur la candidature Fillon en 2017.

L’évolution du programme du candidat Fillon en vue du scrutin de mai prochain est donc une quasi-certitude. En (très) lointain héritier du gaullisme social, il pourrait s’attaquer au vote populaire sur le terrain de la critique de l’Union européenne et de la mondialisation voire revendiquer la protection du modèle social. Ce que rien, dans son programme actuel, ne laisse transparaître. Il sera peut-être tenté par la solution de la facilité : adoucir les mesures qui apparaissent les plus brutales et tenter d’atténuer un peu son image de conservateur. Cependant, il est peu probable que la Présidentielle 2017 se joue au centre. Au regard du rapport de force électoral observé lors des précédents scrutins d’une part, des bouleversements politiques internationaux d’autre part. Ainsi François Fillon se trouve aujourd’hui devant une série de positions à concilier : maintenir une ligne d’austérité et de libéralisme économique tout en marquant symboliquement son attachement à la justice sociale ; s’en tenir à sa position de conservateur sans glisser vers celle de réactionnaire ; s’adresser à la société française dans toute sa diversité en évitant de délaisser la question identitaire. La balance penchera toujours à droite mais des tempéraments apparaissent indispensables.

Quel adversaire pour François Fillon ?

Après le fiasco de la désignation du président de l’UMP début 2013, l’organisation des premières primaires à droite laissait imaginer un vote chaotique. Les Républicains ont relevé le défi, assurant de confortables revenus pour financer la campagne 2017, tout en s’épargnant toute contestation ou suspicion de fraude. Pour l’instant uni derrière son candidat fraîchement désigné, le parti LR part largement favori des prochaines élections, selon un premier sondage réalisé ce soir, après l’annonce des résultats de la primaire (1). La gauche connaît dans le même temps une période de déchirements profonds qui pourrait conduire, dans les jours à venir, à la démission du Premier ministre Manuel Valls. Le week-end a été émaillé d’attaques internes contre François Hollande alors même que celui-ci s’apprête à briguer un second mandat. L’ancienne ministre PRG Sylvia Pinel vient d’annoncer sa propre candidature hors-primaire, tandis que Manuel Valls s’est posé en recours, soutenu notamment par le Président de l’Assemblée Nationale Claude Bartolone… Quant à Jean-Luc Mélenchon, principal opposant à la gauche du PS, il vient de recevoir la divine surprise d’un soutien de la majorité des militants du PCF à sa candidature.  Sous réserve de l’obtention des parrainages (3) – qui s’annonce plus malaisée que jamais en raison en raison des nouvelles règles de collecte des signatures d’élus – une multitude de candidats de gauche est à craindre, rendant probable sur le papier un scénario de type 21 avril 2002. Propice à la recomposition des lignes politiques, la période que nous traversons laisse pourtant la porte ouverte à d’autres coups de théâtre. Le candidat LR n’aura pas d’adversaire désigné avant janvier et cette inconnue complique considérablement son équation. François Fillon n’était pas le troisième homme annoncé de la primaire de la droite. Il pourrait ne pas être le premier de l’élection présidentielle.


Notes :
(1) Décompte provisoire portant sur 9 982 des 10 229 bureaux de vote. François Fillon est crédité de 66,5 % des suffrages contre 33,5 % à Alain Juppé.
(2) Sondage Harris Interactive pour Public Sénat-LCP effectué auprès de 6 093 personnes, 27 novembre 2016. François Fillon sortirait en tête au premier tour avec 26 % des voix contre 24 % pour Marine Le Pen et s’imposerait largement au second tour (67 % contre 33 %).
(3) Loi organique du 25 avril 2016 de modernisation des règles applicables aux élections et à l’élection présidentielle. Elle prévoit notamment la publication intégrale des parrainages d’élus par le Conseil constitutionnel.

Auteur : Pierre-Henri Paulet

Chercheur associé en droit public à l’Université d’Auvergne.

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