Ci-gît le quinquennat Hollande

Prenant de court l’ensemble de la classe politique, le Président de la République a solennellement renoncé à briguer un second mandat. Dépassé par les ambitions individuelles dans son propre camp et considérablement affaibli par une impopularité constante, François Hollande a choisi la voie de la sagesse.

L’allocution, longue d’une dizaine de minutes (1), a quelque chose de surréaliste. Six mois avant la fin de son mandat, François Hollande fait connaître aux Français sa décision quant aux prochaines échéances électorales. Cette décision ne lui ressemble pas : obsédé par l’idée d’un autre mandat, il a échafaudé tous les scenarii possibles, a tiré mille plans sur la comète. Outre ses propres erreurs politiques et de communication, il n’a pas vu venir la trahison d’Emmanuel Macron, son protégé. Il n’a jamais anticipé la désignation de François Fillon comme candidat Les Républicains. À peine a-t-il été capable de canaliser un Premier ministre fasciné lui-aussi par la course à la magistrature suprême. Tout ne « glisse » donc pas sur François Hollande, comme on l’a trop souvent lu ou entendu. Sur les écrans de télévision s’est affichée l’image d’un Président ému, nerveux, affecté par la gravité de sa décision et par l’échec personnel dont elle résulte.

Une démonstration défaillante

Le ton et le regard ne laissent pas de doute sur la teneur du message que le Président s’apprête à délivrer. Mais il faut en passer par une longue introduction avant la conclusion essentielle. Et les mots, eux, disent autre chose que le ton et le regard. François Hollande défend son bilan. Oui, il a redressé la France : les déficits sont réduits, le chômage en baisse, la sécurité renforcée, de nouveaux droits sont reconnus. On entend même le Président prétendre que la finance – son fameux ennemi – a été régulée sous son quinquennat. À l’international, il a rayonné : Cop21, projet européen, lutte contre le terrorisme… L’action entamée depuis 2012 est dense, variée, impressionnante, à en croire celui qui l’a menée. Oh, il y a bien eu une erreur : la déchéance de nationalité, qui devait rassembler les Français mais les a divisés. C’est tout. Les quatre années passées pourraient donc annoncer un avenir radieux. Or l’avenir est sombre. Des menaces planent sur la France, nous prévient-il… D’une part l’extrême droite, en embuscade et prête à profiter des événements internationaux ; d’autre part le candidat de la droite, François Fillon, qui pourrait bien détruire le modèle social français. Fort de ce beau bilan, conscient de la nécessité de protéger le pays, François Hollande choisit donc de… renoncer. C’est bien là que se situe le hiatus. Le geste paraît chevaleresque, mais toute la pensée le contredit. Perdure un je-ne-sais-quoi d’amertume, un « je quitte la scène, magnifique mais incompris » dans la déclaration présidentielle. Comment concilier l’inconciliable…

Réussir sa sortie

De nombreuses personnalités politiques (tous bords confondus) ont immédiatement salué une sortie digne de la part d’un Président lucide. Les louanges ne manquent pas. Il est vrai qu’Hollande, l’éternel optimiste, a eu le mérite de comprendre que l’élection présidentielle de 2017 était perdue d’avance. Qu’il avait commis une bévue majeure en acceptant le principe d’une primaire du PS où il risquait l’humiliation d’être battu dès janvier par l’un de ses anciens ministres. Depuis le ratage complet, en octobre, de sa stratégie de pré-campagne (interview fleuve « Je suis prêt » dans L’Obs éclipsée par la parution du livre Un Président ne devrait pas dire ça), les jeux étaient faits. Il lui restait à l’admettre et à en tirer les conséquences. Il ne faut pas tomber dans l’illusion du retrait au nom de « l’intérêt supérieur de la Nation ». En se retirant de la course, François Hollande s’épargne avant tout le camouflet électoral annoncé cette semaine encore par un sondage accablant (2). Il faut reconnaître que sa décision est également positive pour son parti. Le PS va pouvoir organiser sa primaire sans celui qui aurait dû être le prétendant légitime mais était devenu le repoussoir annonciateur d’une inévitable défaite. Il n’est pas encore certain que le PS survive à l’épreuve de ce quinquennat chaotique, mais François Hollande tente de lui laisser cette chance. Peut-être l’élection présidentielle elle-même se déroulera dans une atmosphère plus sereine, les anciens Présidents – si impopulaires – en étant écartés.

François Hollande a indéniablement surpris son monde et réussi sa sortie, par anticipation. Mais pourquoi faut-il se leurrer ? Le point final à ses ambitions n’est pas la marque d’un engagement supérieur pour le bien commun. Il n’est que l’aboutissement d’un double constat implacable : l’échec d’une présidence brouillonne et l’ampleur du désamour des Français.


Notes :
(1) Allocution du Président de la République, M. François Hollande, le 1er décembre 2016. Vidéo disponible sur le site de France-bleu.
(2) Sondage Kantar-Sofres-One Point pour Le Figaro, RTL et LCI, réalisé le 28 novembre 2016 auprès d’un échantillon de 1 011 personnes en âge de voter. Quelle que soit la configuration de l’élection (présence ou non de François Bayrou ou d’Emmanuel Macron), François Hollande ne dépassait jamais les 14 % et était constamment devancé à gauche par Jean-Luc Mélenchon. Les intentions de vote pour le Président sortant tombaient même à 7,5 % en cas de candidatures Macron et Bayrou.

Auteur : Pierre-Henri Paulet

Chercheur associé en droit public à l’Université d’Auvergne.

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