« Mon livre plonge au cœur du harcèlement scolaire » – Entretien avec le jeune auteur Matthieu Meriot

violence scolaire

Né en 1999, Matthieu Meriot vient de publier Parle, un témoignage dans lequel il évoque le harcèlement scolaire dont il a été la victime durant l’essentiel de sa scolarité. Il a accepté d’évoquer pour Voix de l’Hexagone son parcours semé d’embûches, son rapport à l’écriture et ses projets.

Propos recueillis par Pierre-Henri Paulet.


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Voix de l’Hexagone : Parle est votre quatrième livre, autoédité chez BoD et paru le 2 mai 2020. Vous aviez déjà abordé le thème du harcèlement il y a deux ans avec Un Enfer scolaire. Qu’est-ce qui différencie les deux ouvrages ?

Matthieu Meriot : Parle est effectivement mon quatrième livre autoédité. Il est plus développé, plus profond, plus émouvant, et là, on est au cœur de la spirale du harcèlement scolaire. Un Enfer scolaire était un livre un peu « timide ». Dans Parle, j’ai voulu écrire tout ce que j’avais sur le cœur.

VdH : Parle relate les intimidations, insultes et violences dont vous avez fait l’objet dès la maternelle. Les établissements que vous avez fréquentés étaient-ils particulièrement touchés par le harcèlement, l’insécurité ?

M. M. : Pour être honnête je ne pense pas. Même pas du tout. Il y a des jours où j’étais mal, où j’étais en sang à cause des coups. Les adultes me regardaient mais personne ne réagissait. Pour moi, c’est de la non-assistance à personne en danger.

VdH : Dans votre récit, le plus glaçant est justement l’usage de la violence physique au point d’en porter les séquelles sans déclencher la réaction des équipes pédagogiques. Pourquoi, selon vous, un tel aveuglement de leur part ?

M. M. : Je pense que personne ne réagit car ils ne veulent pas avoir une mauvaise réputation. Si des parents apprennent qu’un élève est harcelé au point de vouloir en mourir, ça peut donner une très mauvaise image pour l’établissement et ça peut provoquer des peurs chez les parents.

VdH : Vous avez subi du harcèlement jusqu’en classe de quatrième. Qu’est-ce qui vous a manqué pendant toutes ces années ? Que savaient vos parents de l’origine de votre mal-être ?

M. M. : Ce qui m’a manqué c’était les adultes. Ils auraient dû être présents pour m’aider. Parfois ils me voyaient en sang et en larmes, et ne me posaient pas de questions. L’école doit être un lieu d’apprentissage et de bien-être, et non un lieu de souffrances. Je ne parlais pas non plus de mes soucis avec mes parents, je ne voulais pas les inquiéter. Je gardais tout pour moi.

« Ce qui m’a manqué c’était les adultes. Ils auraient dû être présents pour m’aider. Parfois ils me voyaient en sang et en larmes, et ne me posaient pas de questions »

VdH : Dans la seconde partie de Parle, vous évoquez ce qui serait la cause des agissements des harceleurs : leur propre malheur. Comment en êtes-vous arrivé à cette conclusion ?

M. M. : Généralement quand quelqu’un ressent un mal-être, il a besoin de le montrer en étant violent. Certains ne le montrent pas et ne réagissent pas, et d’autres pleurent par exemple.

VdH : Quel a été votre parcours – notamment scolaire – après ces années sombres ?

M. M. : Après que je suis sorti de tout ça, j’ai été au lycée dans le but d’obtenir un CAP A.P.R. (Agent Polyvalent de Restauration), et je l’ai eu ! J’en suis très content ! Depuis cette année-là, donc depuis juin 2017, j’attends d’entrer dans un ESAT (Établissement et Service d’Aide par le Travail). En attendant je continue d’écrire mes livres !

VdH : Quand et pourquoi avez-vous commencé à écrire ?

M. M. : J’ai commencé à écrire il y a des années, et je me suis auto-édité depuis plus de deux ans ! Je voulais que mon histoire soit entendue, et le souci c’est qu’aucun éditeur n’en voulait. Alors je me suis dit que l’autoédition est le meilleur moyen ! L’avantage c’est que vous êtes complètement libre, vous pouvez tout gérer et tout voir, sans avoir d’éditeur sur le dos. Le monde entier peut profiter et acheter mes livres. L’auteur contrôle tout à 100 % et c’est une excellente chose pour moi !

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Matthieu Meriot

VdH : Avez-vous reçu des témoignages de personnes ayant subi le même type d’expérience à la suite de la publication d’Un Enfer scolaire et Parle ?

M. M. : En effet, j’ai eu quelques retours. Certains ce sont reconnus dans mon histoire et ont compris ma détresse et mon mal-être.

VdH : Après ce quatrième livre, quels sont vos projets dans votre vie privée comme professionnelle ?

M. M. : Dans ma vie privée, je vais continuer d’écrire ! J’essaye d’éditer un livre par an pour garder un certain rythme. Je n’ai pas encore réfléchi au genre dans lequel me lancerai. En ce qui concerne ma vie professionnelle, j’attends d’entrer dans un ESAT. Ce sera beaucoup plus adapté pour moi, au niveau du travail et du rythme à avoir. J’ai hâte de découvrir cet univers et de rencontrer de nouvelles personnes !


Entretien réalisé par messagerie électronique le 9 juin 2020.


Référence de l’ouvrage : Matthieu MERIOT, Parle, Ed. BoD, 2020, 48 pages. Prix éditeur : 6 EUR (ebook : 3,99 EUR).

Auteur : Pierre-Henri Paulet

Chercheur associé en droit public à l’Université d’Auvergne.

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