George Floyd se conjugue au passé, au présent, au futur

Éditorial de juin 2020

Ella photo éditoQuand un, dix, cent, des milliers, des millions d’hommes et de femmes pensent à George Floyd, un tourbillon d’images et de mots s’abat sur eux, les laissant à la fois exsangues et gorgés de la sève de l’indignation.

George Floyd au passé. D’abord des images d’enfer sur terre, d’horreur, de sang qui sort de la bouche, d’urine qui coule sous une voiture, de sueur sur un front tendu sous l’effet de la douleur. On le sait, une seconde suffit pour tuer un homme. Mais – et cela est pire – 8 minutes et 46 secondes permettent à celui qui va mourir de se sentir partir. « Ils vont me tuer » sont peu ou prou les derniers mots de George Floyd,  tué le 25 mai dernier, alors que le policier Derek Chauvin continuait d’appuyer sur son cou, une main dans la poche, un regard goguenard vissé sur son visage où transparaissait le sadisme.

Ensuite des mots, des flots de mots qui dévalent les esprits de tout un chacun, pour gonfler les âmes et noyer les cœurs : « Je ne peux pas respirer », répété à maintes reprises, « maman », comme une prière avant qu’Atropos, la troisième moire, ne coupe le fil de la vie.

George Floyd au présent, dont l’absence se ressent de façon encore plus aiguë. Les mots de chagrin ont été remplacés légitimement par des mots de colère qui tombent comme des couperets dans les impressionnantes manifestations qui ont lieu depuis, presque partout dans le monde.

En France aussi, l’émotion est si vive qu’il apparaît urgent de reprendre son souffle et de réfléchir. Le modèle américain ne peut être comparé au modèle républicain et universaliste français, quoique certains militants en disent. Mais la violence et le racisme qui gangrènent la police en France sont, eux, bien réels. Face à ceux qui les nient encore, faut-il leur présenter un jeune homme sans cesse contrôlé en raison de sa couleur de peau ou un gilet jaune éborgné ?

Renoncer à entreprendre un lourd travail dès à présent serait la pire erreur. À ce titre, les récentes manifestations sauvages de policiers en faveur de la clé d’étranglement ne peuvent susciter qu’inquiétude et pessimisme, d’autant qu’une part des citoyens ne se sent plus en sécurité vis-à-vis des fonctionnaires de police[1].

Outre-Atlantique, la lutte essentielle face à un racisme historique, véritable tumeur métastatique inhérente à l’histoire américaine, emporte tout sur son passage au-delà des frontières. Elle représente une occasion inespérée, dans un monde mondialisé, d’aboutir à une cohésion internationale, à une défense de notre humanité commune. Le racisme est une plaie purulente et intemporelle, jamais refermée, toujours en quête d’un traitement adéquat qui viendrait à bout de l’ignominie de l’Homme.

George Floyd au futur, car c’est notre avenir ensemble qui se dessine sous nos yeux. Quelle humanité voulons-nous demain ? Comment obtenir d’un pouvoir politique qu’il prenne enfin au sérieux les exactions commises par des policiers ? Comment éviter une guerre des uns contre les autres pour rétablir une relation de confiance entre tous ? Comme l’a bien dit Jacob Frey, le maire de Minneapolis, « être Noir aux États-Unis ne devrait pas être une condamnation à mort ». Pour que ce conditionnel n’ait plus lieu d’être, rien ne vaut l’union. Dans Beloved, l’excellente Toni Morrison écrit au sujet de la difficile reconstruction de Sethe, une ancienne esclave : « Un pas de plus, voilà tout ce qu’elle pouvait voir de l’avenir. » Pour qu’un pas en devienne un second puis un troisième, pour que la marche soit moins harassante, rien ne vaut l’union.


Note :
[1] Un Français sur trois ne se sent pas en sécurité « face à un policier », selon une enquête.

Auteur : Ella Micheletti

Journaliste indépendante. Ex-EPJ de Tours. M2 droit public. Fondatrice de Voix de l’Hexagone. Beaucoup de politique (française et étrangère). Animaux passionnément. Littérature à la folie.

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